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Pourquoi a-t-on autant de mal à jeter ses affaires ?

  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture
En bref : • Un sondage Ifop révèle que plus de 3 Français sur 4 gardent des objets qu'ils ne comptent plus jamais utiliser, et plus d'un Français sur deux reconnaît posséder trop d'objets. • L'effet de dotation, mis en évidence par le prix Nobel d'économie Daniel Kahneman, montre qu'un objet possédé peut valoir, à nos yeux, jusqu'à dix fois plus que le même objet non possédé. • L'effet IKEA prouve que plus on a fabriqué ou assemblé un objet soi-même, plus on en surestime la valeur, même imparfait. • Une étude de référence de l'UCLA a établi un lien entre logement encombré et niveaux de cortisol plus élevés, en particulier chez les femmes. • 7 Français sur 10 trouvent difficile de se séparer de leurs livres, la première raison invoquée étant l'idée de pouvoir les relire un jour. • Quand le tri devient impossible plutôt que simplement difficile, cela peut relever d'une problématique plus large qu'un manque d'organisation.

Un vieux téléphone qui ne s'allume plus, gardé « au cas où ». Un vêtement qui ne va plus depuis des années, toujours plié dans le tiroir du bas. Un magazine feuilleté une seule fois, il y a longtemps, qui traîne encore sur une étagère.


Ce n'est pas un problème de rangement. La plupart des gens savent très bien trier, en théorie. Ce qui coince, c'est le moment où il faut vraiment lâcher l'objet, pas seulement le déplacer d'une pièce à l'autre.


Ce n'est pas non plus une question de motivation ou d'organisation. La psychologie comportementale, et plusieurs études dont certaines ont valu un prix Nobel à leurs auteurs, expliquent précisément pourquoi se séparer de ses affaires est rarement une décision purement rationnelle.


Faire du tri dans ses affaires personnels

Le biais de dotation, prouvé par un prix Nobel d'économie


En 1990, les économistes Daniel Kahneman, Jack Knetsch et Richard Thaler ont mené une expérience restée célèbre. Ils ont distribué des mugs à un groupe d'étudiants, puis leur ont proposé de les échanger contre des stylos de valeur équivalente. Résultat : les étudiants réclamaient, en moyenne, deux fois plus de stylos pour accepter de céder leur mug.


Une autre étude, portant sur des billets de spectacle très demandés, a montré un écart encore plus frappant : ceux qui ne possédaient pas de billet étaient prêts à payer en moyenne 166 dollars pour en obtenir un, tandis que ceux qui en possédaient déjà un exigeaient plus de 2400 dollars pour s'en séparer, soit près de 15 fois plus.


Ce mécanisme, appelé effet de dotation, a valu à Kahneman le prix Nobel d'économie. Il s'applique aussi bien à un mug qu'à une commode héritée d'un grand-parent : posséder un objet suffit à en gonfler artificiellement la valeur ressentie, indépendamment de sa valeur réelle.


L'effet IKEA : pourquoi on s'attache à ce qu'on a soi-même assemblé


En 2011, les chercheurs Michael Norton, Daniel Mochon et Dan Ariely ont montré que les objets fabriqués ou assemblés soi-même, même imparfaitement, sont systématiquement surévalués par rapport à des objets équivalents achetés tout faits.


Ce biais a une conséquence directe et méconnue sur un débarras : les meubles en kit montés à la maison, les objets bricolés ou personnalisés sont souvent les plus difficiles à voir partir, alors même que leur valeur marchande reste identique à celle d'un meuble similaire non assemblé soi-même.


La peur de manquer : « ça peut toujours servir »


Selon un sondage Ifop réalisé pour Homebox et Le HuffPost, plus de 3 Français sur 4 déclarent garder des objets qu'ils ne comptent plus utiliser. Plus d'un Français sur deux va plus loin et reconnaît lui-même posséder trop d'objets.


Le simple fait de garder un objet réduit l'anxiété liée à un manque hypothétique, même si cet objet ne sera jamais ressorti.


Ce mécanisme se vérifie objet par objet. Une étude menée en 2024 auprès de 900 Français par l'institut Gece pour momox montre que 7 personnes sur 10 trouvent difficile de se séparer de leurs livres, la raison la plus citée (59%) étant l'idée de les relire un jour, un scénario qui, dans les faits, se produit rarement.


L'objet comme lien affectif, pas comme objet


Un certain nombre d'objets ne sont jamais évalués pour leur utilité, mais pour ce qu'ils représentent : un souvenir, une personne, une période de vie. Jeter l'objet peut alors être vécu, inconsciemment, comme une forme de rupture avec ce qu'il représente.


C'est particulièrement vrai après un décès ou une séparation, quand les objets deviennent les derniers témoins tangibles d'un lien.


Ce que révèle le terrain, intervention après intervention : • Les pièces les plus longues à trier ne sont presque jamais les plus grandes, mais celles qui contiennent le plus de papiers et de photos. • Ce sont rarement les objets de valeur qui ralentissent une famille, mais les objets sans valeur marchande et chargés de sens. • Le tri avance presque toujours plus vite en présence d'un tiers neutre, qui n'a pas d'attachement émotionnel aux objets.

Ce que l'encombrement fait vraiment au corps, pas seulement à l'esprit


Au-delà de la gêne pratique, l'encombrement a un impact mesurable sur la santé. Une étude de référence menée par le Center on Everyday Lives of Families de l'UCLA, qui a suivi 32 familles californiennes pendant plusieurs années, a établi un lien entre la façon dont les habitants décrivent leur logement (encombré, inachevé) et leurs niveaux de cortisol, l'hormone du stress, en particulier chez les mères de famille.


Un des constats les plus parlants de cette étude : seuls 25% des foyers observés utilisaient encore leur garage pour y garer une voiture, le reste de l'espace étant occupé par des objets stockés plutôt qu'utilisés. Un chiffre qui, d'expérience, ne surprend aucune équipe de débarras.


Quand le tri devient vraiment difficile, pas juste laborieux


Pour la plupart des gens, ces freins restent ponctuels, plus gênants que problématiques. Dans certains cas, la difficulté à se séparer des objets s'étend à l'ensemble du logement, au point de gêner la vie quotidienne.


Cette situation, parfois qualifiée d'accumulation compulsive, dépasse largement le cadre d'un simple manque de tri et mérite un accompagnement adapté plutôt qu'un jugement. Nous en parlons plus en détail dans notre article sur le syndrome de Diogène.


Bon à savoir : il n'existe pas de bonne ou de mauvaise raison de garder un objet. La question la plus utile n'est pas « est-ce que je pourrais m'en servir un jour ? » mais « est-ce que je m'en sers vraiment, aujourd'hui, dans ma vie actuelle ? »

Quand faire appel à un professionnel du débarras


Faire appel à notre service de débarras de maison ne remplace pas le travail émotionnel du tri, mais peut nettement l'alléger, en particulier quand il faut trier vite ou en grande quantité.


Une présence extérieure, neutre et sans attachement aux objets, aide souvent à avancer plus sereinement, exactement comme le confirme l'observation de terrain plus haut.


Si vous préférez d'abord trier vous-même, notre article sur les erreurs à éviter quand on vide une maison soi-même donne quelques repères utiles avant de vous lancer.


En résumé


  • L'effet de dotation (Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie) fait qu'un objet possédé peut valoir jusqu'à dix fois plus, à nos yeux, que le même objet non possédé.

  • L'effet IKEA explique pourquoi les objets assemblés ou fabriqués soi-même sont particulièrement difficiles à voir partir.

  • Plus de 3 Français sur 4 gardent des objets qu'ils ne comptent plus utiliser, selon l'Ifop.

  • L'encombrement a un impact mesurable sur le stress, en particulier chez les femmes, selon une étude de référence de l'UCLA.

  • Les objets sans valeur marchande mais chargés de sens sont souvent les plus difficiles à trier, pas les objets de valeur.

  • Une présence neutre et extérieure facilite généralement le tri.


Besoin d'une aide extérieure pour avancer plus sereinement sur un tri ?

Contactez-nous au 03 74 47 35 75 ou demandez votre devis gratuit et sans engagement.

 
 
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